PARUTION : Page 38/39 de la Revue "THE MAGAZINE #4" du groupe MURANO Hôtels & Resorts
DIFFUSION : De juillet 2012 à juillet 2013 dans les établissements du groupe de Paris, Saint-Tropez et Marrakech

 

Véritable Protée de l'art contemporain, Stéphane Chatry se métamorphose tour à tour en curateur, marchand ou agent zélé. Portrait d'un homme de goût qui a su faire de sa vie une quête perpétuelle du Beau.

Stéphane, qu'est-ce qui vous a conduit vers le monde artistique ?

Mes premiers souvenirs artistiques remontent à l'école primaire et j'ai passé les quinze premières années de ma vie exclusivement dans le monde du dessin, de la bande dessinée, où j'ai même reçu un prix en 1992 au festival d'Angoulême. Après divers petits jobs puis un poste de chef de projet en tant qu'infographiste, j'ai créé en 2006 un collectif d'art urbain nommé Objectif Bombe avec mon ami photographe Jean Cécé. J'assure alors la production et l'organisation des expositions du collectif, dont le concept est la fusion de l'Objectif (photo) et de la Bombe (peinture). Après de multiples collaborations et partenariats, j'ai rejoint en 2010 la Lebenson Gallery avec laquelle j'ai organisé une exposition d'art urbain internationale dans l'espace d'exposition du Stade de France : un franc succès ! Depuis le mois de mai, je travaille avec la galerie Intuiti de Paris et nous venons entre autres de créer un nouveau concept de revue d'artiste nommé 75gr...

Prenez-vous plus de plaisir en tant que commissaire d'expositions, agent ou marchand d'oeuvres ?

Ma motivation première est avant tout la rencontre. Pour ma part, mon travail est la promotion et l'affirmation sur le marché de l'art contemporain des artistes que je soutiens. Ma créativité, je l'utilise dans la représentation des événements et dans l'innovation du métier de galeriste. Curateur, agent, marchand, c'est juste un trio pour définir le métier de galeriste, qui d'ailleurs est une profession d'autodidacte sans école ni diplômes. Je n'ai pas fait les Beaux-Arts, ni étudié l'histoire de l'art. Je ne suis pas critique d'art ou historien. Mon travail est instinctif et mon outil principal est mon oeil. Mon moteur ? Détecter les artistes de demain et les armer pour une explosion programmée !

Parmi les nombreux artistes que vous soutenez, quels sont vos récents coups de coeur ?

Il y a une similitude dans mes coups de cœur, une combinaison de trois ressentit : l'Émotion, l'Innovation et l'Évasion. Une œuvre qui me parle génère toujours en moi ces trois points, une émotion à première vue, puis une innovation à travers son originalité et une évasion qui me transporte. Les artistes que je soutiens et qui me passionnent ont souvent une démarche ancrée, subversive, engagée. J'aime que leurs œuvres excitent les sens, dérangent ou interrogent. Pour moi, un grand artiste contemporain prend des risques et innove perpétuellement. Cyprien Gaillard, Baptiste Debombourg, Philippe Soussan, Rero, Banksy, Space Invader, Shepard Fairey, Zevs, Mark Jenkins, Tanc... me parlent. Mon dernier coup de coeur est Pierre-Loup Auger, un jeune artiste français de 19 ans à l'univers aussi corrosif que prometteur ! Enfin, mon nouvel objectif est de développer mon activité au Liban, à Beyrouth.

Depuis les années 2000, on observe une forte collusion entre l'univers du luxe et celui de l'art. Qu'en pensez- vous ?

Il est certain que les années 80/90 furent marquées par l'hyper consommation, l'argent pour l'argent à outrance, l'agriculture industrielle, les dérives alimentaires... Le 21e siècle marquera un changement radical, une prise de conscience globale nous rappelant que les véritables valeurs humaines doivent prévaloir. Je pense que l'art s'inscrit directement dans le domaine du luxe et du prestige et que cette forte collusion naissante est principalement une invitation à donner du sens, de l'intérêt aux dépenses des consommateurs.

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec le KUBE Hotel ?

C'est tout simplement au KUBE Hotel de Paris que j'ai organisé ma toute première exposition en 2006, en présentant 6 grandes toiles d'art urbain du collectif Objectif Bombe. L'exposition devait durer un mois, mais l'intégration des œuvres dans l'espace était telle qu'elle a été prolongée de six mois ! J'ai organisé les deux années suivantes d'autres expositions sur différents thèmes. Faire ses premières armes avec un tel espace fut une opportunité formidable pour moi.

In fine, quels conseils donneriez-vous à un collectionneur débutant ?

Ne pas acheter pour simplement investir ou spéculer ! Il faut considérer ses acquisitions non pas comme de la marchandise, mais comme des trésors. Les collections que je compose sur mesure pour mes clients sont cohérentes dans la direction artistique. Et la force du travail des artistes que je soutiens fait que les œuvres prennent naturellement une valeur commerciale croissante avec le temps. Mon travail consiste également à tenir informés mes clients sur l'actualité des artistes qu'ils soutiennent. Beaucoup de jeunes amateurs d'art commencent à acheter les éditions d'artistes avant les originaux, ce qui permet d'entrer sagement et de s'imprégner du travail de l'artiste avant d'en acquérir un trésor !

Propos recueillis par Nicolas Berger
Photo Cédric Attias Del Curatolo